mercredi 29 février 2012

L'oeil de Pâques de Jean Teulé




Je trouve la couverture des Editions Julliard très belle et poétique. Celle de Pocket, que j'ai eu en main (merci ma Môman de me l'avoir prêtée !) est un peu plus... rèche ! 

Le centre du monde est à Calais, entre les falaises de craie et le trou dans le Channel.
Le centre d'un monde où passent les orbites de six planètes bien humaines. Pâques, beauté métisse venue d'Inde, joue le rôle du soleil. Chacune lui tourne autour, attiré par sa chaleur. Depuis la nuit des temps, ces planètes sont appelées à se percuter, pour faire jaillir des gerbes de bonheur lilas. Et pour que ce miracle advienne, un crime doit être commis.



Mon avis:

Si vous suivez mon blog, vous aurez constaté que je suis fan de Jean Teulé. 
Et cet opus m'a une fois encore plu mais surtout beaucoup surprise !

L'histoire commence à la naissance de notre planète ! Rien que ça ! Et quand on a lu le 4e de couverture, autant vous dire qu'on se demande "mais qu'est ce que c'est que ce délire ?"
Mais l'interprétation onirique, illustrée d'audacieuses métaphores, de la création de la Terre est si singulière et fantasque qu'on ne peut s'empêcher de tourner les pages pour comprendre où l'auteur veut nous emmener !

Le compte à rebours est donc lancé, depuis la nuit des temps jusqu'au crime sanglant qui va être commis un soir, à Calais.

Au fil des chapitres, une fois passés le déluge, le précambrien, le jurassique, Napoléon et compagnie, on rencontre les personnages du roman... Tous victime d'une vie qui leur a laissé une plaie ouverte, une interrogation, un vide...
Il y a la belle métisse Pâques, née d'une putain française en Inde, débarquée à Calais dans son enfance. En plus de ce lourd bagage "psychologique", elle a une particularité physique: un oeil sans iris ni pupille comme une sorte de gros oeuf lisse et rose... 
Il y a aussi le légiste capable en toute circonstance de faire la liste des souffrances endurées par un défunt, humain ou animal (au grand dam de la charcutière) !
Le commissaire qui ne supporte pas l'humidité, le vieux juge aux omoplates en ailes de papillon, l'animateur radio qui tague les murs, le chômeur sans le sou qui rêve d'un taxi Mercedes break diesel et sa femme infirmière ainsi qu'une vieille prof de chant Anglaise aux 27 verrous et qui collectionne les petites cuillères en or, vermeil ou argent...

Tout cet étrange petit monde est lié. Et ce n'est qu'à la fin de ce conte déjanté que le puzzle s'assemble enfin !
Pas très moral comme histoire !
L'assassin va s'en sortir avec les honneurs, aidés de profondes circonstances atténuantes et du bonheur qui va naître de la rencontre de tous les protagonistes...


Cela vous paraît étonnant ?
C'est bien plus que cela ! On a l'impression de lire un délire sans queue ni tête, un rêve fou qu'aurait eu un jour un auteur, et ça m'a plu !
Ce livre est très souvent critiqué en mal, il semble loin de faire l'unanimité parmi les écrits géniaux de Teulé... Et pourtant, il est comme une longue poésie, tout en phrases illustrées, habité par de petits personnages-pantins maltraités puis enfin libérés par leur propre créateur...


Ce livre est une sorte de délire d'artiste, à réservé aux amateurs "éclairés" qui sauront y porter le regard curieux, enthousiaste et attentif qu'il mérite...



mercredi 22 février 2012

Le zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc de Eugen Herrigel


Dans ce livre, l’auteur donne de sa propre expérience un récit qui nous éclaire sur cet exercice du tir à l’arc pour parvenir à la maîtrise zen de son mental.


Mon avis:

voila une lecture passionnante, qui fait du bien à l'esprit et au mental.
L'auteur rédige avec force précision son long parcours d'apprentissage du tir à l'arc au Japon auprès d'un Maître.

Un texte brillant, précis. Un long travail que l'auteur a fait sur lui-même afin d'avoir conscience de chaque état, chaque sensation qu'il a traversés lors de son apprentissage. Il nous fait part de ses ressentis, de ses doutes. Et au travers de son histoire et de sa pratique, c'est toute la culture japonaise qui prend sens. La disponibilité et la rigueur du Maître, son enseignement qui va a l'essentiel et encourage l'élève à persévérer jusqu'à comprendre lui-même ses erreurs afin de les corriger. Le respect et le sens des valeurs au travers d'une ritualité qui a traversé les âges sans prendre une ride !
C'est bien là l'idée que je me fais des sports qui viennent des pays du Soleil Levant et alentours:
- un état d'esprit particulier, sorte de mise en condition dès lors que l'on se rend sur le lieu de pratique de l'art choisi
-  un profond respect des rites, des autres et de l'enseignant (mais aussi respect de l'enseignant envers ses élèves, cela va de soi !)
-  une recherche de la perfection dans la pratique
-  la maîtrise du corps et de l'esprit

Le tir à l'arc est enseigné par étape. Le débutant ne doit pas se concentrer sur le centre de la cible mais sur lui-même et la manière dont il doit tenir son arc et tendre la corde. Puis viendra le temps d'apprendre à contrôler sa respiration afin de l'ajuster à ses mouvements. Le moment où il devra "s'inquiéter" du résultat de son tir est loin ! C'est un long chemin parsemé d'obstacles et de périodes de découragement. 

J'ai abordé ce petit livre avec beaucoup d'intérêt étant moi-même licenciée d'un club de tir à l'arc. J'y ai retrouvé beaucoup de similitudes avec ma pratique, mes difficultés, mes petites victoires et mes grosses déconfitures !

Au final, c'est une image assez juste de ce qu'est l'apprentissage (en règle générale, pas seulement pour le tir à l'arc ) dans de bonnes conditions. Celui qui fait plaisir autant à l'élève qu'au professeur, sans rapport de force ou de domination de la part de l'un ou l'autre. Respect et confiance étant les premiers alliés des deux protagonistes !
La notion de zen m'est en revanche étrangère: point de zen dans notre salle de sport mais une bonne ambiance, toujours ! Bonne humeur, bavardages et parfois un peu de rigolade sont au rendez-vous ! Mais nous pratiquons toujours avec sérieux et envie de progresser... Une sorte d'art à l'Européenne !

Une lecture "nourrissante", une belle découverte, je remercie sincèrement la personne qui m'a prêté ce livre. Sans elle j'aurais probablement continuer d'en ignorer l'existence et cela aurait été bien dommage !


Genesis de Karin Slaughter


Quelqu’un l’a torturée… Torturée longuement…
L’ancien médecin légiste de Grand County, Sara Linton, travaille depuis trois ans dans un grand hôpital, à Atlanta, et essaie de reconstruire sa vie. Quand arrive aux urgences une femme très grièvement blessée, elle se retrouve plongée dans le monde de la violence et de la terreur.L'inspecteur Will Trent du Georgia Bureau of Investigation, dépêché sur les lieux, va découvrir que la patiente de Sara est la première victime d'un tueur sadique, d'un esprit dérangé.Retirant l'affaire à la police locale, Will et sa co-équipière Faith Mitchell vont traquer le tueur. Sara, Will et Faith — avec leurs propres blessures et leurs secrets — sont les seuls à pouvoir analyser le cerveau d'un tel détraqué et l'empêcher de perpétrer ses abominables meurtres.Karin Slaughter nous offre une fois de plus une intrigue impeccablement tissée, à la fois roman à suspense, polar psychologique et portrait cru de la vie de flic...


Mon avis:

J'ai lu ce "magnifique" pavé en un rien de temps tellement il est intense ! Mais surtout, je l'ai dévoré sans jamais avoir lu le 4ème de couverture !  En fait, c'est mon mari qui m'a conseillé de podcaster une émission entendue sur RTL: L'heure du crime du 02 février 2012 ou Stéphane Bourgoin spécialiste en criminologie et écrivain, parle notamment de David Parker Ray et Gary Heidnik et d'un livre inspiré de nombreux tueurs en série américains...
Ni une, ni deux, je podcaste et je me régale ! Mr Bourgoin est passionnant ! Et durant l'émission, avec Mr Pradel, ils parlent beaucoup de ce livre de Karin Slaughter: GENESIS...
Stéphane Bourgoin en parle tellement bien que je n'ai plus qu'une idée en tête: me le procurer au plus vite ! J'ai donc acheté le livre sans même lire le résumé (pas besoin de le lire, l'émission en a dit juste assez pour allécher le lecteur !)...

Et voila ! L'"affaire" est pliée en un rien de temps... Et je vous livre mes sentiments sur ce roman:

Une bombe !
Celles et ceux qui ont aimé "Le silence des agneaux" (j'en fait partie) seront ravis par cette sombre histoire.
Deux enquêteurs vont rechercher un ignoble tueur en série qui sévit depuis peu en Georgie. Les tortures subies par les victimes sont tout simplement innommables... C'est très gore et dérangeant car tout à fait réaliste... Brrrr ! ça me fait froid dans le dos rien que d'y repenser !

L'investigation est ensorcelante ! On avance pas à pas aux côtés de Will Trent et de Faith Mitchell. On a les mêmes doutes qu'eux, on partage leurs désillusions, leurs déceptions, leurs colères... C'est cela qui est excellent dans ce roman: l'enquête est parfaite: ni trop rapide, ni trop lente. On ne s'ennuie jamais. On se rend compte à quel point il est difficile de rentrer dans la tête d'un tueur, à quel point il est difficile de trouver des points communs à des victimes que tout semble opposer... Et pourtant, on sait qu'il y en a un !

C'est donc avec impatience et fébrilité que l'on démêle les noeuds de cette ténébreuse histoire avec Will et Faith...
Ces 2 là sont des êtres attachants par leur "simplicité". J'entends par là que ce ne sont pas de "supers" flics ! On n'est pas dans les Experts ni NCIS !!! Non, ce sont avant tout des humains avec leurs caractères, leurs petites manies, leurs secrets... Will, un géant balafré qui en impose et pourtant capable d'une empathie hors du commun même en présence de la pire ordure... Faith, petit bout de femme au sale caractère qui serait plus du genre à cogner avant de discuter.... Ces deux coéquipiers se complètent merveilleusement bien ! La vie ne leur à pas fait de cadeau, leur boulot ne leur en fait pas non plus ! Mais ils sont consciencieux et s'efforce de résoudre l'enquête avec rigueur...

D'autres personnages sont essentiels dans cette enquête: le docteur Sara Linton, écorchée vive par la vie, et Amanda Wagner, femme de caractère, la chef de service des agents spéciaux Trent et Mitchell au GBI (Georgia Bureau of Investigation).

Comme dans de nombreuses recherches de preuves, c'est un petit détail qui va faire toute la différence pour finir par permettre de confondre le meurtrier...
L'histoire de cet homme, ou plutôt la "genèse" de ce monstre, est terrifiante ! Et elle m'a beaucoup rappelé la lecture du livre de Stéphane Bourgoin où l'on trouve la "biographie" de célèbres serial-killers qui ont inspiré l'auteure Karin Slaughter. 

Tout est très fouillé: les personnages, les crimes, la victimologie et surtout l'enquête !
Je ne connaissais pas cette auteure, je suis conquise par son talent d'écriture et le travail de recherche qui va avec. Je n'hésiterais pas à me procurer d'autres de ses titres.

J'annonce donc un gros coup de coeur en ce début 2012 !!!



samedi 18 février 2012

Le détective de Freud d'Olivier Barde-Cabuçon


Paris, 1911.
Missionné par Sigmund Freud en personne pour enquêter sur la mort mystérieuse d'un confrère, le docteur du Barrail se lance dans une aventure où la vérité se cache loin en deçà des choses. Epaulé par Max Engel, un drôle de détective marxiste, et le sémillant psychiatre suisse Carl Jung, le jeune homme interroge les faits et sonde les esprits. Mais il ne peut s'empêcher de soigner aussi les âmes ! Trouvera-t-il la clé de cette énigme dont trois femmes semblent être les troublantes héroïnes ? Contre toute attente, le propre passé de du Barrail refait alors surface...
Entre quête d'identité, suspense et histoire d'amour, un roman haletant qui nous transporte dans le Paris turbulent de la Belle Epoque, sur les pas des pionniers de la psychanalyse.


Mon avis:

C'est donc sur fond de début du XXéme siècle que l'intrigue se déroule.
Le docteur Gernereau, psychanalyste français a été assassiné.
Du Barrail, lui aussi psychanalyste à Paris, vient d'assister à un congrès allemand de l'Association Psychanalytique Internationale. Il est alors mandaté par le docteur Freud en personne pour retrouver les précieuses notes de Gernereau afin de découvrir qui a commis le crime...

Un détective aux manières et au parler à mille lieues des siens va se joindre à l'enquête de du Barrail. Le célèbre Carl Gustav Jung est lui aussi de la partie ! Il va épauler le jeune du Barrail à dénouer les fils de cette enquête compliquée.

La douce Marie, "femme aux loups", clin d'oeil à l'homme aux loups de Freud est un élément clef de l'histoire, tout comme une mystérieuse "femme en vert", sensuelle et attirante qui rend les hommes fous dès qu'ils la voient.

Olivier Barde-Cabuçon nous livre ici un roman intelligent, jamais ennuyeux. Une recherche de la vérité tortueuse à souhait ! Malgré les indices dévoilés en toute fin de l'histoire, je n'y ai vu que du feu et me suis faite balader du début à la fin ! !!!
Un véritable suspens sous couverts d'anecdotes et/ou réflexions purement historiques qui nous laissent deviner à quel point l'auteur apprécie la psychologie et son histoire... Les faits ont lieu à l'époque ou Carl Jung se détache de la doctrine de Freud. La tension entre ces 2 là est tangible: Freud, "inventeur" de la psychanalyse, pour qui tout passe par le sexe et Jung persuadé que l'enfant nait d'abord au sein d'un Inconscient collectif avant de s'individualiser... On sent que la différence entre ces deux éminents personnages questionne autant l'un que l'autre.

Les amateurs des grandes "idées" de la psychanalyse ne seront pas déçus, les novices y trouveront une lumière sur ce complexe mode d'investigation de l'individu.

Le récit n'est jamais rébarbatif (je le dis pour celles et ceux que les mots "Freud", "psychanalyse" et/ou "psychologie" affoleraient ! Pas de panique, ce livre n'a rien de compliqué !) L'enquête est savoureuse. Les personnages ont quelque chose de fascinant... Et tout comme pour l'intrigue, ce n'est que dans les toutes dernières pages que l'on prend pleinement conscience de leur entière personnalité...

Personnellement, La Dame en Vert m'a beaucoup intriguée... 
Je voyais son image... Je m'interrogeais: est-ce une sorte de fantasme de la part de l'auteur ?
Serait-elle un produit de l'Inconscient collectif ?

Moi qui ne suis que novice en matière de psychologie, au-delà du polar, j'ai été enchantée par ce livre et plus spécialement par le personnage de Carl Gustav Jung. Un géant charmant et plein d'empathie, dont la bonté semble révélée par l'épanadiplose suivante: "Si Dieu existait, pourquoi laisserait-il souffrir les petits enfants ?"

Un homme certain que les contes de fées font partie d'une sorte de grand Inconscient collectif et taraudé par cette douloureuse question ne peut être que bon et respecté...

Merci, Olivier, pour cette belle réflexion psychanalytique où ce bon docteur Freud est remis intelligemment en question et surtout pour cette intéressante enquête aux tréfonds de l'âme et ces audacieux personnages...



jeudi 9 février 2012

Memories of sand de Massimiliano Frezzato (BD)


Ce livre se conçoit comme un rêve. Déchirés, fragmentaires, les quatre récits qui le composent se lient pourtant autour d'un thème aussi ancien que l'Homme : l'amour, dans toutes ses finitudes. Dans ses solitudes, son érotisme, ses silences ou ses réconciliations. Max Frezzato, par sa virtuosité graphique, dépasse le champ de la bande dessinée, et nous livre une oeuvre d'un lyrisme touchant à l'extrême... qui se passe de mots.

A partir de l'un de ses rêves, l'auteur nous emporte avec lui dans les méandres de l'inconscient, un plongée vertigineuse, c'est tout simplement virtuose...et beau !

Massimiliano Frezzato publie sa première histoire courte à 17 ans. Il continue à faire beaucoup d'illustrations et d'histoires courtes, à côté de sa série principale Les gardiens du maser.


TOUT D'ABORD JE TIENS A REMERCIER LES EDITIONS MOSQUITO ET LE SITE NEWS BOOK POUR CE PARTENARIAT ET SURTOUT POUR CETTE POETIQUE DECOUVERTE.

Mon avis:

Vraiment, j'ai été très agréablement surprise par ce très beau livre.
L'objet, tout d'abord, est de belle facture. Agréable à manipuler, à toucher... 
Si, si, c'est vrai ! Ne riez pas, c'est important, que tout soit parfait avec livre !!!

Les dessins:
Pareils que le livre: c'est beau. Les yeux s'émerveillent devant la mise en couleurs; souvent froides, sauf des rouges ou jaunes et orangés, mais qu'on ne trouve que là où ils doivent être...
Suis-je bien claire ? (Non, je suis Wal......) Non, je sais, pas trop...! Disons que rien ne choque, le ton est juste ! Les accords sont harmonieux.
Les personnages ont un air tantôt enfantin, tantôt rêveur, voire les 2 à la fois... Des airs parfois un peu "manga", mais juste dans le look parce qu'il ne s'agit pas du tout de ce genre de BD. 

Ici, tout n'est que lyrisme, poésie, rêve, songe... Les histoires sont étranges et douces. On y entre pour un peu de magie ou l'on se contente d'apprécier le trait de Frezzato... En tout cas, on est loin des BD "à bulles" traditionnelles. On est dans un monde magique, fait d'amour, d'émotions, d'érotisme et de rêve éveillé...

L'un des 4 rêves de cette BD peu se lire en ligne ICI...



Enjoy !