vendredi 23 décembre 2011

Ô Verlaine ! de Jean Teulé

Un jeune poète à la rencontre d’un grand poète.
Natif de Béziers, Henri-Albert Cornuty habitait la ferme de ses parents quand son oncle lui offrit pour son quinzième anniversaire les Poèmes saturniens de Paul Verlaine. Cette lecture le troubla si fort que, sans prévenir qui que ce soit, il partit pour Paris rencontrer son idole. Il fit la route à pied et rencontra Verlaine au premier jour de l’automne 1895. Il ne le quitta plus jusqu’à sa mort trois mois plus tard.

Les derniers mois de la vie de Verlaine : alcoolique grandiose, amant frénétique et désordonné (« J’ai toujours été amoureux d’un sexe ou deux… »), bigame maltraité par ses deux compagnes, il tituba jusqu’au tombeau entre l’ignominie et le sublime…
La vie de Verlaine fut extravagante mais les derniers mois de sa vie touchèrent au surréalisme. Il n’avait que cinquante et un ans, perclus de maux : syphilis, altération sanguine, diabète, souffle au cœur, cirrhose du foie, erysypèle infectieux, hydarthrose, pneumonie (il fallut ajouter une seconde pancarte au pied de son lit d’hôpital pour en dresser la liste complète). Et c’est au moment où il ne lui restait qu’une poignée d’admirateurs inconditionnels (dont le préfet Lépine qui interdit aux policiers du Quartier latin d’arrêter Verlaine quelles que soient ses frasques), au moment de la pire déchéance matérielle et morale, au moment où les gloires de l’époque l’accablaient de leur mépris, qu’une vague de sympathie naquit chez les étudiants qui, en quelques mois, en firent leur idole. Ils aimaient sa liberté de ton, la force de ses anathèmes, le désordre de sa vie, le génie de sa poésie. Ils se battaient pour l’écouter dans les cabarets, étripaient les mauvais esprits qui ne partageaient pas leur passion, encombraient sa chambre d’hôpital pour l’écouter déclamer et lui assurèrent à sa mort des funérailles grandioses. Ce jour-là, le Destin poussa la générosité jusqu’à faire tomber le bras de la Poésie après que le corbillard fut passé sous la statue de Carpeaux qui orne la façade de l’Opéra.
Tous les faits sont exacts. Le reste est inventé.

Fol amoureux de ce personnage magnifique et terrifiant, Jean Teulé raconte à travers les yeux de Cornuty ces derniers mois extravagants.


MON AVIS:

Me revoila en plein coeur d'une "crise de Teulé" !
C'est un de mes auteurs favoris, je me délecte de ses oeuvres !

Ô Verlaine ne dépareille pas des autres écrits de Jean Teulé: on y retrouve cette plume acerbe et réaliste qui sait si bien romancer l'Histoire...
Nous sommes plongés dans l'ambiance parisienne du début du XIXe siècle. C'est même plutôt une immersion ! Tout paraît si réel... Franchement, Mr Teulé, n'auriez-vous pas des réminiscences d'une vie antérieure ???
Les bruits: sabots des chevaux, les pas des gens sur les pavés, les cris des gamins, les odeurs: effluves diverses et (a)variées émanant des échoppes, de la grande salle commune de l'hôpital, des bordels ou des corps, rien ne manque pour faire un vivant tableau de Paris et de vie tumultueuse de grande capitale.

Puis il y a Verlaine... Paul Verlaine, souvent affublé d'un triste pseudo: "Pauvre Lelian"...

Que dire de ce poète dont on nous vante tant les magnifiques poésies à l'école ?

J'avoue être tombée de haut !
Je ne m'attendais pas à une telle déchéance...
Ce pauvre type est décrit comme ayant eu une vie de débauche et de pauvreté... Le moindre sou encaissé finissant en absinthe ou autre alcool ou dans la poche d'une maîtresse avide de riches toilettes !
Verlaine, courtisé au-delà de nos frontières, ne profite pas de son talent et gaspille sa vie et sa santé avec son entourage...
Il est affublé de tous les travers possibles et imaginables: alcoolisme, maladies diverses, pédophilie (qui est évoquée au cours du livre), absence totale d'hygiène... 

Quel tableau ! Le brillant poète en prend un coup ! Plus jamais je ne lirais du Verlaine sans penser à cette oeuvre !

Les personnages autour de Verlaine sont sympathiques et attachants, derniers remparts d'humanité et de vraie amitié nichés au coeur de cette perpétuelle débauche. Les amis de Verlaine lui seront fidèle jusque dans sa mort...

Au final, un très bon livre, comme Teulé sait si bien les écrire ! Une "biographie" savamment romancée et une magnifique fresque parisienne...


Merci, Mr Teulé !

2 commentaires:

  1. Je devrais lire celui-ci alors ... Mais en même temps je n'ai pas envie d'écorcher l'image de ce poète et de sa chanson d'automne

    Tout suffocant
    Et blême, quand
    Sonne l'heure,
    Je me souviens
    Des jours anciens
    Et je pleure

    Bisous de Noël !

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  2. Ecorcher...
    le terme correspond tout à fait bien à l'image donnée au personnage:

    un écorché vif" !!!

    Fais moi signe pour un prêt ;)

    Merry Christmas mon amie !

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