jeudi 29 décembre 2011

Les jolis garçons de Delphine de Vigan

Prenez un homme qui aime les femmes, le corps des femmes surtout. Il a une quarantaine d'années, il est beau mais fatigué. Prenez une femme qui aime les hommes, la peau des hommes mais pas seulement. Elle va avoir trente ans, elle est jolie quand elle y prête attention, parfois on se retourne sur elle, on la dévisage, parfois elle est grise, on ne la voit pas. Trois hommes dans la vie d'Emma. Trois rencontres sur des musiques différentes, basses et douloureuses, rieuses et légères, hantées par un même motif : l'illusion. Combien de fois faut-il rejouer la fable pour être capable de s'en défaire ?








Mon avis:


Une belle découverte. Un très agréable moment de lecture.
Emma est un personnage attachant, émouvant, plein d'interrogations, qui fait des erreurs, mais surtout de jolies rencontres...

Ce livre a éveillé en moi le souvenir de certaines pensées, plus ou moins philosophiques (peut-on considérer qu'une citation de papillote est philosophique ? en tout cas, l'une d'entre elles provient d'une papillote....:p )

- Expérience: nom dont les hommes baptisent leurs erreurs. Oscar Wilde

- On ne désire pas une chose parce qu'elle est bonne, elle est bonne parce qu'on la désire. Spinoza

Et ces deux phrases, résument fort bien le roman !

Emma fait des rencontres. De beaux garçons à la solide réputation. A chaque rencontre, elle ne leur prête pas forcément attention. Ce serait même plutôt eux qui la remarque. Puis elle se livre corps et âme, s'abandonne dans l'histoire d'amour naissante...

La 1ère rencontre, avec Marc, est la plus dévorante. La plus surprenante aussi. Emma va perdre pied dans l'attente quotidienne de la visite de Marc. Le beau Marc. Le riche Marc. Mais surtout Marc, personnage désincarné, présent tout en étant absent... (C'est profond ce que je dis hein ? Pas le choix: pour me comprendre, il va falloir lire le livre !)
Sans doute la plus grosse "expérience" d'Emma ! Celle dont elle va mettre le plus de temps à se relever... 
Mais n'est-ce pas de cette façon que nous nous forgeons ? (Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Oscar !)

Puis il y aura l'écrivain, Ethan, l'homme "à femmes". Il les consomme plus qu'il ne les aime ! Avec Emma ce sera différent: il va y avoir des sentiments. Parce qu'Emma est "vraie" ! Parce qu'Emma n'a pas prémédité cette relation...
J'ai beaucoup aimé le rendez-vous au bar: Emma qui pense en elle-même à l'image qu'elle donne et à ce qu'elle dit alors qu'elle a déjà bu pas mal de vin ! Elle se surveille pour ne pas donner une impression erronée de ce qu'elle est !!!
On sent le vécu ! Ou alors, on s'identifie ?
Baste ! C'est croustillant !

Un final explosif avec l'hyper-médiatique Milan. Présentateur idôlatré, vénéré par la ménagère de moins de cinquante ans !
Il la remarque, il la veut, elle n'est pas d'accord. Puis ils vont se "chercher" ! C'est d'ailleurs assez cocasse comme situation ! Rocambolesque même, chacun usant de ses "pouvoirs" personnels... Imaginez quelles peuvent être les possibilités d'une star du petit écran ?!!
L'idylle va être passionnée, médiatisée, romancée...

Mais Emma a mûri... Emma prend conscience des choses, de leur valeur... Et elle va découvrir quelles sont réellement ses envies, ses besoins et à quel point sa relation avec Milan n'y correspond pas...
Emma va donc devoir faire un choix...

mardi 27 décembre 2011

Matilda de Roald Dahl



Matilda est une petite fille très intelligente. Très, très intelligente. Elle apprend à lire toute seule à l'âge de trois ans, et elle adore ça. Cela n'est malheureusement pas du goût de ses parents, deux abrutis qui préféreraient que leur fille regarde, comme eux, des émissions stupides à la télé. À l'école, la petite Matilda n'est pas au bout de ses peines, puisque la directrice de l'établissement déteste les enfants et leur inflige les pires cruautés. Heureusement, il y a aussi une gentille institutrice. Et puis, Matilda a des talents vraiment exceptionnels...




Mon avis:


Pour une fois, durant ces vacances de Noël, j'ai lâché mes lectures habituelles pour ouvrir un livre pour enfants ("à partir de 9 ans")...


Et mon choix n'est pas dénué d'intérêt: Roald Dahl a écrit le merveilleux conte "Charlie et la chocolaterie" que Tim Burton a si brillamment porté à l'écran...


Ayant été subjuguée par tant de poésie enfantine et de merveilleux, j'avais donc acheté Matilda "les yeux fermés" !!!


Lecture drôle et douce. Rapide aussi (mais sans doute que je lis plus vite qu'une petite fille de 9 ans ?!!)
Une jolie histoire avec des gentils: Matilda, Melle Candy...
et des bêtes et/ou méchants: les parents de Matilda (Mr et Mme Verdebois), Melle Legourdin...
Et surtout, du merveilleux: des pouvoirs magiques, des capacités extraordinaires comme les enfants qui "rebondissent" lorsque la méchante Melle Legourdin les jette au loin !!!!!


Matilda est une petite fille très intelligente et douée. Elle apprend à lire seule et dévore de la grande littérature dès qu'elle a fini d'écluser le rayon jeunesse de la bibliothèque de sa ville !
A 5 ans, elle a lu les plus grands auteurs ! Dickens, Wells, Brontë, Hemingway, Austen, etc...
Mais ses parents ne voient pas cela d'un bon oeil et pense qu'elle n'est qu'une bonne à rien et que passer du temps dans ses livres ne lui apportera rien de bon pour son avenir ! 
Et comme dans les contes on a souvent affaire à un monde "à l'envers", ici ce sont les parents qui mettent leur famille devant la télé ! Surtout pour manger !
Rien de cuisiné d'ailleurs: chez les Verdebois, on mange exclusivement des plats préparés que l'on réchauffe avant de manger sur ses genoux devant la télévision !!!
Matilda n'aime pas cette vie qu'on lui impose, elle va d'ailleurs trouver des moyens de se venger des colères de son père qui ne sont pas "piqués des vers" !!!


A l'école, Matilda va enfin rencontrer quelqu'un qui va croire en elle et ses talents: il s'agit de Melle Candy, la gentille institutrice que tous les enfants adorent.
Mais hélas, pas moyen pour elle de faire entendre à la directrice, l'horriblement méchante Melle Legourdin, qu'il y a une surdouée dans sa classe ! Melle Legourdin déteste tellement les enfants qu'elle les considère tous comme des moins-que-rien et passe son temps à les effrayer, les lancer en l'air, les réprimander, leur tirer les oreilles.... Bref, une vraie mégère !


Mais Melle Candy ne s'avoue pas vaincue, elle va s'occuper elle-même de sa petite protégée !
Cependant, Melle Candy cache un lourd secret...... Tout comme Matilda cache un don extraordinaire.....!
Mais chut ! 
Je n'en dévoilerai pas plus ! Ce serait dommage de se priver de la surprise de cette drôle d'histoire !
C'est un conte merveilleux qui se termine si bien ! C'est certain, si je trouve encore des livres de Roald Dahl, je les lirais sans hésiter !

vendredi 23 décembre 2011

Rainbow pour Rimbaud de Jean Teulé

On n'est pas sérieux quand on a 36 ans, une queue-de-cheval rouge, une taille de géant et une armoire pour couche de prédilection. Robert vit à Charleville-Mézières, chez ses parents. Comme d'autres connaissent toutes les paroles de leur chanteur préféré, Robert sait tout Rimbaud. Par cœur. Isabelle, standardiste à la SNCF, ne sait encore rien de Rimbaud, rien de l'amour, ni rien du monde. Un doux colosse nominé Robert, échappé de Charleville, les lui révélera. Entre Le Caire, l'île Maurice, Dakar et Tarrafal, ces deux-là brûleront d'amour et de poésie. Vagabonds célestes, amants absolus, ils laissent à jamais sur le sable et sur les âmes la trace de leurs semelles de vent. Enfin, leur odyssée sublime confirmera le mot du poète, tatoué sous le nez même de Robert : je est un autre... Je est Rimbaud.






MON AVIS:


"Crise de Teulé" oblige, j'ai dévoré cet opus après celui sur Verlaine ! 

Pourtant, mon avis sera plus mitigé... J'ai moins aimé ce livre, j'ai été un peu déçue... Je l'ai trouvé étrange... Trop de "poésie" peut être ?

Il y a la vie de Rimbaud, il y a la vie de Robert et d'Isabelle, et il y a la vie d'un buisson d'aubépine sur un balcon parisien.....
Toutes ces vies, bien qu'éloignées dans le temps ou par les kilomètres, sont imbriquées...
Difficile d'expliquer comment ! à part peut-être entre Robert et Rimbaud dont le parallèle est plus facile à faire:
il y a l'artiste et son fan absolu.

Robert ne vit que par et pour Rimbaud.  Il veut être Rimbaud, il se prend pour Rimbaud. Il vénère tant le poète qu'il va jusqu'à se tatouer partout sur le corps des vers de ses poèmes !
Les gens qui croisent Robert ont une bien étrange vision de ce grand corps tourmenté qui ne semble avoir aucune conscience de ce qu'il inspire à autrui !
Même sa douce Isabelle finit par se lasser de cette vie à la Rimbaud; pourtant elle restera amoureuse de son (d)étonnant Robert et tout ce qu'elle fera pour lui, elle le fera par amour...

Leur rencontre avait pourtant bien commencée !
C'était très poétique:
Robert, 36 ans, qui vit dans son armoire chez ses parents, prend la fuite quand son père lui détruit sa fameuse armoire, son "bateau ivre"...
Il rencontre Isabelle, un peu par hasard, un peu par curiosité...
L'idylle est magnifique, les deux personnages sont si dissemblables qu'on pense qu'ils vont sans cesse se surprendre et vivre ainsi éternellement d'amour et d'eau fraîche !
On pense au conte de fée et pourtant, il n'en est rien... L'amour va leur faire traverser le monde et de curieuses situations jusqu'à un dénouement plus étrange encore...

Ce livre de Jean Teulé est fort surprenant. Tout ce à quoi l'on s'attend n'arrive pas !
Vraiment très très étrange...
Du coup, je ne suis pas convaincue par cette lecture qui me laisse un peu sur ma faim, un peu dans la déception, un peu désabusée....
Un peu de tout cela à la fois !

Ô Verlaine ! de Jean Teulé

Un jeune poète à la rencontre d’un grand poète.
Natif de Béziers, Henri-Albert Cornuty habitait la ferme de ses parents quand son oncle lui offrit pour son quinzième anniversaire les Poèmes saturniens de Paul Verlaine. Cette lecture le troubla si fort que, sans prévenir qui que ce soit, il partit pour Paris rencontrer son idole. Il fit la route à pied et rencontra Verlaine au premier jour de l’automne 1895. Il ne le quitta plus jusqu’à sa mort trois mois plus tard.

Les derniers mois de la vie de Verlaine : alcoolique grandiose, amant frénétique et désordonné (« J’ai toujours été amoureux d’un sexe ou deux… »), bigame maltraité par ses deux compagnes, il tituba jusqu’au tombeau entre l’ignominie et le sublime…
La vie de Verlaine fut extravagante mais les derniers mois de sa vie touchèrent au surréalisme. Il n’avait que cinquante et un ans, perclus de maux : syphilis, altération sanguine, diabète, souffle au cœur, cirrhose du foie, erysypèle infectieux, hydarthrose, pneumonie (il fallut ajouter une seconde pancarte au pied de son lit d’hôpital pour en dresser la liste complète). Et c’est au moment où il ne lui restait qu’une poignée d’admirateurs inconditionnels (dont le préfet Lépine qui interdit aux policiers du Quartier latin d’arrêter Verlaine quelles que soient ses frasques), au moment de la pire déchéance matérielle et morale, au moment où les gloires de l’époque l’accablaient de leur mépris, qu’une vague de sympathie naquit chez les étudiants qui, en quelques mois, en firent leur idole. Ils aimaient sa liberté de ton, la force de ses anathèmes, le désordre de sa vie, le génie de sa poésie. Ils se battaient pour l’écouter dans les cabarets, étripaient les mauvais esprits qui ne partageaient pas leur passion, encombraient sa chambre d’hôpital pour l’écouter déclamer et lui assurèrent à sa mort des funérailles grandioses. Ce jour-là, le Destin poussa la générosité jusqu’à faire tomber le bras de la Poésie après que le corbillard fut passé sous la statue de Carpeaux qui orne la façade de l’Opéra.
Tous les faits sont exacts. Le reste est inventé.

Fol amoureux de ce personnage magnifique et terrifiant, Jean Teulé raconte à travers les yeux de Cornuty ces derniers mois extravagants.


MON AVIS:

Me revoila en plein coeur d'une "crise de Teulé" !
C'est un de mes auteurs favoris, je me délecte de ses oeuvres !

Ô Verlaine ne dépareille pas des autres écrits de Jean Teulé: on y retrouve cette plume acerbe et réaliste qui sait si bien romancer l'Histoire...
Nous sommes plongés dans l'ambiance parisienne du début du XIXe siècle. C'est même plutôt une immersion ! Tout paraît si réel... Franchement, Mr Teulé, n'auriez-vous pas des réminiscences d'une vie antérieure ???
Les bruits: sabots des chevaux, les pas des gens sur les pavés, les cris des gamins, les odeurs: effluves diverses et (a)variées émanant des échoppes, de la grande salle commune de l'hôpital, des bordels ou des corps, rien ne manque pour faire un vivant tableau de Paris et de vie tumultueuse de grande capitale.

Puis il y a Verlaine... Paul Verlaine, souvent affublé d'un triste pseudo: "Pauvre Lelian"...

Que dire de ce poète dont on nous vante tant les magnifiques poésies à l'école ?

J'avoue être tombée de haut !
Je ne m'attendais pas à une telle déchéance...
Ce pauvre type est décrit comme ayant eu une vie de débauche et de pauvreté... Le moindre sou encaissé finissant en absinthe ou autre alcool ou dans la poche d'une maîtresse avide de riches toilettes !
Verlaine, courtisé au-delà de nos frontières, ne profite pas de son talent et gaspille sa vie et sa santé avec son entourage...
Il est affublé de tous les travers possibles et imaginables: alcoolisme, maladies diverses, pédophilie (qui est évoquée au cours du livre), absence totale d'hygiène... 

Quel tableau ! Le brillant poète en prend un coup ! Plus jamais je ne lirais du Verlaine sans penser à cette oeuvre !

Les personnages autour de Verlaine sont sympathiques et attachants, derniers remparts d'humanité et de vraie amitié nichés au coeur de cette perpétuelle débauche. Les amis de Verlaine lui seront fidèle jusque dans sa mort...

Au final, un très bon livre, comme Teulé sait si bien les écrire ! Une "biographie" savamment romancée et une magnifique fresque parisienne...


Merci, Mr Teulé !