dimanche 30 octobre 2011

Lorsque j'étais une oeuvre d'art d'Eric-Emmanuel Schmitt

Parce qu’il se sent médiocre et inexistant, un jeune homme va se suicider quand un artiste mégalomane suspend son geste. Il lui propose d’acheter son âme et son corps pour en faire une sculpture vivante, sublime ou monstrueuse, et une marchandise planétaire. Le désespéré accepte le pacte et l’opération, se laisse déshumaniser, et exposer aux yeux des foules, sous le nom d’Adam-bis. Mais peut-il abdiquer entièrement son humanité ? Grâce à l’amour d’une jeune-femme, « l’œuvre d’art » tente alors de sortir de l’emprise de son créateur et de retrouver sa conscience perdue. Cette fable excentrique, inquiétante et comique nous entraîne dans un monde rongé par le narcissisme, le culte du simulacre et de l’apparence, le totalitarisme de l’image : le nôtre.



Mon avis:

Ma soif de lecture m'a permis de dévorer ce livre en à peine 2 jours !
C'est une fable moderne qui nous fait nous interroger sur beaucoup de sujets.
Sur la valeur des êtres humains, leur liberté et l'art, entre autres...

Jusqu'où peut mener le désespoir ?
C'est ce que nous découvrons ici: le désespoir de se sentir inutile, d'avoir l'impression de n'être rien va mener le narrateur à vouloir se suicider du haut d'une falaise, puis dans un dernier soubresaut d'(in)conscience à offrir son corps et son âme à un artiste excentrique qui passait par là...

Et c'est là que ses ennuis commencent car le désespoir peut vraiment faire faire n'importe quoi !

En offrant sa liberté à Zeus-Peter Lama, le jeune Tazio Firelli va se rendre coupable du plus grand mensonge de sa vie: la mise en scène de sa mort qui va le mener à perdre son identité et son libre-arbitre.
Il se laisse mutiler au nom de l'art et de la célébrité de Zeus-Peter Lama, certain à cet instant là qu'il a bien choisi son destin et qu'il va enfin jouir de la notoriété dont il était exclu !
Mais son "bienfaiteur" (comme le nomme Tazio)se rend vite compte qu'il ne maîtrise pas entièrement son oeuvre: il est encore capable de penser et de parler: il n'est pas totalement "chosifié". Il regrettera de ne pas l'avoir fait lobotomisé durant sa "transformation"...

L'idée est absolument terrifiante:
faire d'un être humain une chose, un objet auquel on va attribuer une valeur et sur lequel on va exercer un droit de propriété !

Tazio, appelé "Adam bis", titre de l'oeuvre qu'il est devenu, va finir par prendre douloureusement conscience de l'avenir qui l'attend: servir de faire-valoir à ses propriétaires, être exposé, touché, tâté, sans avoir le droit de s'exprimer ! Lui qui menait une vie de "rien" et de transparence absolue va être exposé au monde entier comme une révolution artistique majeure !
Il ne sait pas s'il est devenu beau mais il est devenu célèbre, les médias internationaux parlent de lui ou plutôt de l'oeuvre de Zeus-Peter Lama. 
Ici, ce n'est pas tant la qualité du travail de cet artiste qui fait l'oeuvre mais plutôt l'engouement et la curiosité qu'elle suscite chez le public... 
En bons moutons de Panurge, la majorité du public applaudit sans broncher, seuls quelques âmes encore pourvues de bon sens diront que l'art n'est pas l'homme !

Adam bis changera de propriétaire deux fois, sera victime d'un vol une fois... comme pourrait l'être n'importe quel tableau par exemple !
Son dernier propriétaire, l'état lui même, lui donnera du fil à retordre dans sa quête d'identité et de liberté. L'état, le grand et omnipotent, contre qui personne n'ose lever le petit doigt...
En voulant rétablir la vérité, Adam bis va prendre conscience de combien il était aimé de son vivant et du mal qu'il a engendré en "mourant"...

L'art est-il l'homme ?
La perte de liberté est-elle pire que la mort ?
Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ?

Que de questionnement après cette lecture !!!
Comment résumer une telle oeuvre ?
En disant que notre identité est une richesse insoupçonnée ! Avoir une identité c'est exister aux yeux des autres et de la société. On ne peut devenir la propriété de personne, ni être dépossédé de notre identité ni déshumanisé...

Un thème épineux, brillament manié... à découvrir d'urgence !

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