mardi 2 août 2011

La vieille qui marchait dans la mer de San Antonio


Lorsqu'on demande à Stephen King, le fameux romancier américain, pourquoi il a choisi d'écrire sur des sujets aussi macabres, il répond : " Qu'est-ce qui vous fait penser que j'ai le choix ? " Un romancier ne l'a jamais, il obéit au papier, un point c'est tout ! Pour ma part, lorsque j'ai commencé ce livre, j'avais l'intention d'écrire une histoire cocasse, haute en couleur : celle d'une vieille aventurière qui se donne un dauphin avant de raccrocher, et le forme à l'arnaque. 
Je ne me doutais pas, à cet instant, que j'allais commettre l'ouvrage le plus grinçant de ma carrière, m'enfoncer dans un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige, et peut-être même dépasser certaines limites. Mais je ne regrette rien. Quand on est capable de tout, il faut le prouver.


Tout d'abord, je tiens à remercier mon amie Didi qui m'a prêté ce livre (allez donc voir son beau billet par la même occasion ;) )...

De San Antonio, je ne connaissais jusqu'alors que le nom/ la réputation sans vraiment savoir de quoi il retournait... Je connaissais pourtant le personnage qu'était Frédéric Dard pour l'avoir vu/entendu dans des émissions et j'appréciais l'homme et sa façon d'être, de s'exprimer...
Il était donc temps de faire connaissance avec sa plume !!!!!!!!!!!

L'auteur nous parle d'une "histoire cocasse, haute en couleur".... C'est peu de le dire !
Nous avons affaire ici à de sacrés personnages, particulièrement celui de notre "héroïne": Lady M.
Lady M. est une vieille femme au caractère bien trempé. Cette octogénaire coquette et épicurienne fait dans le grand banditisme: madame et son compagnon Pompilius Senaresco mettent au point des escroqueries de haut vol qui leur permettent d'amasser des millions et de mener grand train vie.
Elle va prendre sous son aile le jeune Lambert, plagiste aux Antilles, qu'elle débauche de son poste pour lui apprendre les ficelles du métier.

Vu ainsi, je dirais que le résumé n'a pas de quoi faire frémir... Et pourtant, l'histoire est captivante. On ne s'ennuie pas une minute en tournant les pages.
La force de ce récit demeure tout d'abord dans le langage de Lady M. et de Pompilius.  Qu'il s'agissent de leurs mots doux ou de leurs insultes, les expressions ont quelque chose de magique et de truculent ! San Antonio fait mouche à chaque coup et nos deux obsédés s'invectivent dans un verbe où le cul se marie savamment à l'aristocratie !

Notre pittoresque Lady M. s'adresse aussi beaucoup à Dieu. Sa foi lui est indéfectible et elle lui fait le récit de toute ses pensées, ses envies, ses interrogations, ses souvenirs... Le Seigneur connait donc tout de ses histoires de cul: de la taille du "chibre", de la "bite", du "mat",..., aux pipes qu'elle a pratiquées en passant par les positions et lieux les plus extravagants de chacune de ses histoire ! Et Dieu sait si elle en a tâté du mâle, la vieille ! Incroyable ce que cette histoire est ponctuée des réminiscences libidineuses de l'ancêtre qui tombe folle amoureuse de son "jeune dauphin" au grand dam de Pompilius qui passe en second...

Au delà des histoires de "fion", il y a de l'Amour, du vrai, avec un grand "A". Lady M. consciente de sa descente dans la décrépitude va regretter de ne pas avoir connu Lambert plus tôt. Car elle aurait tant aimé partager les plaisirs de la chair avec son jeune éphèbe... Et c'est sans doute là que réside la noirceur de l'affaire: la fin de la vie, la vieillesse, la maladie contre qui on ne peut lutter malgré tout ce que l'on aurait envie de faire. En définitif, la Mort, plus forte que tout, vers qui l'on se dirige inexorablement...
Et, comme une touche de douceur, notre Amour qui revient nous dire qu'à tout âge, l'on peut aimer et que l'Amour n'a pas d'âge:
Lady M. est raide dingue de son jeune Lambert; tout comme ce dernier va prendre conscience de ses sentiments envers cette distinguée matriarche. Il va finir par l'aimer de façon chaste mais sincère...

Et le secret... Le lourd secret qui pèse sur cette sombre histoire de gangsters... C'est avec brio qu'il nous est révélé tout à la fin du livre... Lambert, tout comme le lecteur attentif, aura su remarquer ou se sera douté du "pot aux roses", ultime abîme de la vie fantasque de Lady M.

C'est puissant, c'est brillant, c'est plus que bien écrit, ça fait voyager et peut être même un peu rêver ! Alors n'hésitez pas à faire connaissance avec "La vieille qui marchait dans la mer"....