jeudi 24 février 2011

Danbé de Aya Cissoko & Marie Desplechin

J'ai reçu ce livre dans le cadre d'un partenariat: je tiens donc à remercier sincèrement Livraddict ainsi que les Editions Calmann-Lévy pour cette découverte.




« J’aimerais que celle ou celui qui lira ce petit livre mesure ce qu’il a de déchirant. Il est mon au revoir à ceux que je laisse sur le quai. (…) Il est mon au revoir à mon enfance de petite fille noire en collants verts, qui dévale en criant les jardins de Ménilmontant. »

Quand Marie Desplechin rencontre Aya Cissoko, elle est touchée par la singularité de son histoire. Née de parents maliens, Aya a connu une petite enfance habitée de souvenirs délicieux, qui prend fin avec la disparition de son père et de sa petite sœur dans un incendie. Élevée par sa mère dans le respect du danbé, la dignité en malinké, Aya apprend à surmonter les épreuves et trouve dans la boxe un refuge.


Cette lecture est la première que j'effectue en "partenariat". J'ai trouvé l'expérience très intéressante et surtout, elle m'a permise de m'orienter vers un style de livre auquel je n'ai pas l'habitude, la biographie d'une jeune femme et, surtout, encore en vie ! Je tiens d'ailleurs à préciser que ce n'est pas du tout péjoratif. Je ne lis pas les bio de mes contemporains, c'est ainsi ! Mais dans le cas d'Aya Cissoko, c'est en la voyant et en l'écoutant lors du JT de France 2, puis en voyant l'offre de Calmann-Lévy sur Livraddict que je me suis dit "Pourquoi pas ?"
Résultat, j'ai reçu "Danbé" ce matin et je l'ai lu dans la foulée ! Motivation et plaisir font des ravages en matière de lecture, c'est le moins qu'on puisse dire !

C'est donc une lecture très fluide et agréable, sans fioritures. Ici, pas de détails futiles, on va à l'essentiel...
Ce livre, je le ressens pour Aya comme une thérapie... Ce n'est pas un témoignage de fille d'immigrants, c'est, comme elle en avertit le lecteur, un détachement. Aya prend ses distances par rapport à son histoire, mais bien plus que cela: elle accepte et elle comprend...


Sa vie qui ne semblait être qu'un puzzle incomplet, va mettre des années à prendre un sens.


Et on se rend compte de combien il doit être difficile de faire le point sur sa vie pour enfin intégrer et faire sien tout ce qu'il y a eu de plus difficile. Quand on commence dans la vie avec un tel drame que la mort brutale d'un père et d'une soeur dans un incendie criminel impuni puis, encore la disparition d'un frère, il y a de quoi refouler les souvenirs; ressentir le besoin de ranger sa vie dans des cases, tout bien séparer pour ne rien mélanger: la famille d'un côté, d'un autre la boxe et encore un autre univers pour le travail... Une façon de se protéger de "la pitié et du malaise qu'elle risque de susciter"...
Malgré les drames, Aya puisera l'envie de vivre dans la lecture, puis elle s'affirmera et se sentira vivre en pratiquant plus ou moins intensément la boxe.


Tout au fil du livre, Aya fait bien ressentir avec combien d'amour elle et ses frères et soeur ont été élevés. Ses parents, Sagui et Massiré, ont éduqué leurs enfants en leur inculquant de bonnes valeurs, le respect, la discrétion mais surtout le "danbé", la dignité en malien... Des parents qui ont sacrifié leurs vies pour apporter les meilleures chances de réussites à leurs enfants.

J'ai particulièrement aimé les paroles, la "philosophie" des parents de Aya, et plus spécialement les mots de sa maman, Massiré:


"Il n'y a pas d'âge pour se conduire dignement, ni de circonstances qui vaillent."

Cette mère avec qui il fallait "filer droit" et pour qui "l'échec n'était pas envisageable" a su mener la barque avec droiture, toujours là pour permettre à ses enfants de réussir et les remettre dans le droit chemin, car Aya n'a pas toujours été une enfant modèle, elle n'a pas fréquenté que des gens bien, ni fait que de bonnes choses. Mais elle a su s'en sortir.


Le sport lui a permis de repousser ses limites et de voir de quoi elle était capable. Les victoires à haut niveau ne lui apportaient pourtant pas toute la joie qu'on espère d'un tel moment ! Sa discrétion sans doute ! Mais aussi une espèce de déception de ne plus avoir de combat à mener au-delà d'une ultime consécration... Aya a besoin de se "défoncer", de combattre, elle aime avoir des défis à relever.


Une grave blessure mettra fin à sa carrière et c'est sans doute là qu'elle va enfin se pencher un peu plus sur ses origines, son histoire qu'elle va coucher sur le papier. 


L'histoire "pansement" d'une vie dont on a recollé les morceaux pour l'intégrer à sa mémoire. Un parcours profond, thérapeutique. Je souhaite à Aya Cissoko qui a intégré Sciences Po, de réussir brillamment dans ce nouvel avenir qu'elle se construit vaillamment.




Wal, le 23/02/2011

4 commentaires:

  1. Un partenariat éclair dis donc ;-)
    Juste une chose cette histoire est écrite à 4 mains ? Ou seulement Marie Desplechin qui a écrit d'après l'histoire d'Aya ?
    Enfin c'était juste une question comme ça !
    Bisous ma cop's !

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  2. ce n'est pas précisé... Marie Desplechin a du prêter sa plume, mais n'est-ce pas à 4 mains malgré tout ? ;)

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